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Sécheresse : comprendre pour agir

L’été 2026, marqué par des canicules, sécheresses et incendies d’une ampleur inédite, a été le plus chaud jamais enregistré en France. Quelles sont les causes et les conséquences de ces épisodes de sécheresse et comment faire face collectivement à ce phénomène devenu récurrent ?

Depuis les 10 dernières années, les épisodes de sécheresse se multiplient et deviennent plus intenses, conjuguant faibles précipitations et températures records.

Dans certains territoires, la faible disponibilité de la ressource en eau est devenue critique au point de menacer l’approvisionnement en eau potable. Plusieurs communes ont dû se faire livrer de l’eau par camions-citernes.

Sécheresse en France : des épisodes de plus en plus fréquents et intenses

Ces dix dernières années, les épisodes de sécheresses se sont multipliés : 2018, 2019, 2022, 2023 et surtout, 2026.

En 2026, 77 % du territoire a connu une sécheresse inédite et 95 départements ont été soumis à des restrictions d'eau, dont 79 en « crise », face à un été marqué par un déficit de pluie et des températures exceptionnelles. Les sols sont devenus plus secs qu’ils ne l’étaient à la même période en 2022, année de référence en matière de sécheresse. Les pertes de rendement agricoles ont atteint 50% en moyenne dans de nombreux territoires.

Comme lors de la sécheresse historique de 2022, dans de nombreux territoires, la faible disponibilité de la ressource en eau est devenue critique au point de menacer l’approvisionnement en eau potable. De nombreuses communes ont dû se faire livrer de l’eau par camion-citerne, et ont connu des tensions voire des ruptures d’alimentation en eau potable en 2026.

77%

77% du territoire Français a connu une sécheresse inédite à l'été 2026.

Le changement climatique va rendre les sécheresses plus fréquentes et plus sévères sur la majeure partie du territoire français. Dans un scénario de réchauffement de +2,7 °C, les débits des rivières en été pourraient diminuer de 15% en moyenne, et jusqu'à 25% dans certaines régions. Avec +4 °C, la baisse atteindrait environ 30% particulièrement dans le sud de la France.

Le fléau de la sécheresse

Dans les départements en situation de crise, les agriculteurs peuvent être confrontés à des interdictions d’irriguer, pouvant entraîner des pertes de production. Dès la belle saison, certains éleveurs doivent également puiser dans leurs réserves de fourrage d’hiver pour nourrir leur bétail lorsque les prés sont trop secs.

Le faible débit des rivières affecte également la production électrique des barrages, qui constituent pourtant la première source d’électricité renouvelable en France. Quant aux centrales nucléaires, si les rivières dont elles se servent pour refroidir leurs installations ont un niveau trop bas, elles devront diminuer leur production, voire la mettre à l’arrêt.

La biodiversité est, elle aussi, directement impactée. Dans les milieux aquatiques, les espèces souffrent de la détérioration de la qualité de l’eau suite à l’échauffement et à la moindre dilution des pollutions. La quantité d’oxygène diminue et des algues prolifèrent, ce qui peut être mortel pour les poissons, amphibiens, insectes ou encore crustacés. La végétation pâtit également de l’assèchement des sols. Elle se fragilise et devient plus sensible, notamment aux feux de forêt

Les sécheresses deviennent de plus en plus imprévisibles, par exemple après l’été 2022 marqué par la sécheresse, celle-ci s’est malheureusement poursuivie en hiver avec un déficit de pluie efficace sur une partie du territoire métropolitain. On appelle pluies efficaces les précipitations qui contribuent réellement à recharger les nappes souterraines car elles tombent durant les saisons fraîches, périodes durant lesquelles l'eau n'est pas immédiatement utilisée par les plantes et évaporée. Résultat, au 1er juillet 2023, 68% des nappes françaises étaient sous les normales attendues à une telle période, mettant en péril tous les usages de l’eau.

Il existe trois types de sécheresses :

Les trois types de sécheresse

La sécheresse doit être distinguée de deux notions :

On parle de stress hydrique lorsque la quantité d’eau disponible en un temps et un lieu donné est inférieure à la demande pour satisfaire les différents usages. On considère qu’un pays est en situation de stress hydrique lorsque sa population dispose de moins de 1 700 mètres cubes d’eau par habitant et par an. A ce jour, en France, le total des ressources disponibles représente 3262 m3 par personne et par an.

On parle de pénurie d’eau en cas de stress hydrique aggravé, lorsque la population d’un pays dispose de moins de 1 000 mètres cubes d’eau par habitant et par an.

Des facteurs conjugués

La sécheresse est certes directement corrélée à la météorologie des derniers mois, voire des dernières années. Toutefois, elle est clairement aggravée par les activités humaines.

  • L’aménagement du territoire, au travers de l’artificialisation des sols et de l’intensification de l’agriculture, est lui aussi en cause. Il a longtemps visé l’évacuation des eaux le plus rapidement possible de nos villes et de nos campagnes, favorisant le ruissellement au détriment de l’infiltration et de la recharge des nappes.
  • Le changement climatique accentue la problématique. Avec le réchauffement, la disponibilité de la ressource en eau va baisser de manière variée sur les territoires. Un récent rapport constate qu'entre les périodes 1990-2001 et 2002-2018, la ressource en eau renouvelable a diminué de 14 % en France. Et la situation devrait encore s’aggraver avec le changement climatique : dans une France à +4 °C à l’horizon 2100, les débits des cours d’eau pourraient diminuer d’environ 20 % en été et de 30 % lors des périodes d’étiage, tandis que la recharge des nappes évoluerait de manière contrastée selon les territoires.
  • Enfin, nos prélèvements excessifs ont une grande part de responsabilité. En France, 15% de l’eau est consommée pour couvrir les besoins en eau potable des particuliers mais aussi des activités économiques raccordées au réseau de ville (bureaux, commerces etc.) et des collectivités locales (arrosage des parcs, jardins, stades de sport, lavage des rues etc.), 11% pour le refroidissement des centrales électriques et 8% pour les prélèvements industriels directs. Tout le reste, soit 61%, est utilisé pour l’agriculture ! Sur certains territoires, cette dernière capte plus de 80% des prélèvements en été, au moment où l’on en manque le plus cruellement, pour irriguer moins de 7% des terres agricoles...

La sécheresse a des impacts importants sur l’environnement, l’agriculture et certains autres secteurs de l’économie.

Agir à l'échelle collective

Face à la sécheresse des mesures d’urgence sont mises en place pour préserver les usages prioritaires que sont, d’abord, l’eau potable, l’hygiène et la sécurité puis la biodiversité. Les arrêtés “sécheresse” permettent cette gestion, à l’échelle départementale, en restreignant les activités consommatrices d’eau selon le niveau de la rivière ou de la nappe souterraine. Quatre niveaux existent allant de “vigilance” (autolimitation) à “crise” (interdiction de nombreux usages hors ceux prioritaires). Les restrictions peuvent demander une baisse de consommation, voire une interdiction ou réguler les horaires d’utilisation, par exemple contraindre à l’irrigation de nuit.

Actions à plus long terme

En favorisant les cultures moins gourmandes en eau et en mettant en œuvre des outils de pilotage de l'irrigation.

En diversifiant les cultures, en réduisant le travail des sols et en les couvrant, mais aussi en soutenant les transitions vers des systèmes plus autonomes et économes en intrants de synthèse (pesticides et engrais azotés).

Telles que la restauration des rivières et des zones humides ou la replantation de haies.

L'ensemble vise d'une part à diminuer la vulnérabilité des exploitations en conservant l'eau dans les territoires et, d'autre part, à améliorer la ressource en eau (quantité et qualité) en ralentissant les écoulements et en favorisant l'infiltration.

Aller plus loin

  • Rapport 2025 - L'eau que nous mangeons
    PDF | 2.21 MB
    14.07.2026