Quand le miel adoucit les mœurs
Dans les Sundarbans, les communautés locales contribuent à préserver les populations de tigres avec lesquelles elles cohabitent en récoltant du miel. Un projet de conservation atypique qui porte déjà ses fruits.
Pour approfondir le sujet :
Effet PandaUn biotope menacé
La population de tigres du Bengale est passée de 440 individus en 2004 à une centaine en 2019.
À cheval entre l'Inde et le Bangladesh, la région des Sundarbans abrite la plus grande forêt de mangrove du monde.
Il y a encore peu de temps, les tigres étaient à l’abri dans cet écosystème vital pour le monde entier. Ses terres marécageuses et quasi infranchissables décourageaient la plupart des visiteurs. Mais la dégradation des conditions des agriculteurs a contraint des milliers d'entre eux à s'enfoncer au cœur des Sundarbans afin d'y exploiter les ressources abondantes de miel, de poisson et de matériaux de construction. Pour les tigres, fréquemment victimes de braconnage et abattus lors de rencontres avec les villageois, la situation est devenue catastrophique. Selon le dernier recensement de tigres du Bengale, leur population est passée de 440 individus en 2004 à une centaine en 2019. Pourtant, les félins ont longtemps protégé les mangroves en tenant les hommes à distance. Si ce précieux biotope venait à disparaître, ses racines profondes formant un barrage côtier essentiel pour le Bangladesh, des dizaines de millions de personnes seraient en proie à des inondations désastreuses.

Notre action dans les Sundarbans
Depuis 1973, le delta des Sundarbans est une région prioritaire pour le WWF Inde en raison de sa biodiversité unique.
Nous travaillons en étroite collaboration avec les communautés locales pour atténuer les conflits entre les hommes et les tigres. En cas d’attaque sur leur bétail, nous apportons une compensation financière aux éleveurs. Le plus souvent, ce dédommagement immédiat aide à apaiser leur colère et à freiner les représailles sur les félins.
Nous mettons également en place des tranchées autour des fermes et des habitations afin de dissuader les tigres de s’en approcher. Enfin, nous nous efforçons de promouvoir des moyens de subsistance durables pour réduire la dépendance des populations locales à la forêt, tels que la production de sacs en jute et en papier, le vermicompostage, l’élevage, le tissage de tapis, ou encore la récolte de champignons et de miel.



Une cohabitation apaisée
de personnes vivent dans les Sundarbans.
La vie n'est pas facile pour les 4,5 millions de personnes vivant dans les Sundarbans. Pour la plupart d’entre elles, la forêt de mangrove demeure la principale source de nourriture et de revenus, les fermes inondées d'eau salée pendant les tempêtes et les cyclones laissant peu d'alternatives. Quant au tigre, avec lequel les communautés riveraines partagent l’espace, il constitue pour elles une menace supplémentaire car le félin, lorsqu’il manque de proies, s’attaque régulièrement au bétail domestique.
Pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à prendre conscience du rôle de Panthera tigris tigris dans la protection de l’écosystème dont les populations sont tant tributaires.
Plus de 80 familles ont notamment choisi de s’impliquer dans une coopérative de miel, initiée par le WWF, en partenariat avec la réserve de biosphère des Sundarbans et Discovery Communications India.
La collecte de miel sauvage expose les apiculteurs aux attaques de tigres, on déplore chaque année plusieurs décès. C’est pourquoi, des ruches artificielles ont été installées dans des zones sécurisées et grillagées à la lisière de la forêt. Les abeilles butinent le même pollen de palétuvier, le miel conserve ainsi son goût si particulier, tandis que les apiculteurs, désormais en sécurité, ont amélioré leurs revenus. Car, si au départ c’était un tout petit projet, aujourd’hui, la coopérative produit 45 tonnes de miel en seulement trois mois. La production s’est même étendue dans trois autres régions du Bengale occidental et se vend désormais en ligne sur un site Web dédié et sur Amazon.